Mémoire, mon beau mémoire…

Nouvelle grande première de cette année universitaire : je teste une deuxième version du rôle de « Maître » de Quelque Chose. À l’Automne je fus maître de stage, et pour l’Hiver et le Printemps, je suis maître de mémoire. « Maître » ! Avant 2016, l’idée me paraissait absurde. Un Petit Bourgeon, ça observe, ça apprend, ça questionne, ça n’a pas de velléité de maîtriser quoi que ce soit.

Je ne sais par quel miracle -enfin si, je sais, ça n’a rien de miraculeux d’ailleurs, ça s’appelle tout simplement prendre confiance en ses compétences et bénéficier de l’émulation d’une belle équipe de psychomotriciens, cette histoire de miracle est une figure de style, soyez vigilant, je sacrifie régulièrement la précision de mes propos au style- BREF, ellipse temporelle, nous y sommes. Et ça me plaît plutôt bien.

Samedi, je me suis donc rendue chez l’étudiante que j’accompagne dans l’écriture de son mémoire. Et cette fois, la session de travail a commencé par un petit choc.

Elle m’annonce un changement majeur de sa problématique à un mois du rendu. Pas de souci : j’ai pratiqué ce genre de rebondissement plusieurs fois dans ma scolarité, elle va négocier le virage, je vais faire gaffe à la tenue de route. Non, pire : son bureau. Sous l’ordinateur, un livre sur les troubles psycho-comportementaux et ses pots à crayons… la plage. S’il n’y avait eu de mur derrière, on aurait pu apercevoir la rue, le parc, bref, le paysage. Dingue !

Mon bureau en mai 2013, à la fin de l’écriture de mon propre mémoire :

tout ça

(Voilà)

(Un bisou à ceux qui identifieront certains bouquins de la pile de droite !)

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Nuit de psychomotricienne

Buddha was a girl

Buddha was a girl – Août 2008

Je viens de vivre mon baptême de désamorçage de voisin énervé. Et sur ce coup là, être psychomotricienne m’a beaucoup aidée : rien ne vaut un bon dialogue tonico-émotionnel via un contrôle ajusté des attitudes corporelles !


« On peut essayer de casser la porte, oui, mais la violence, ça fait mal. »

Voilà ce que j’ai rétorqué à mon voisin furibond, à 5h ce matin. Je venais de le faire entrer dans ma cuisine pour l’inviter à s’asseoir et boire un thé avec moi. Drôle de situation pour cette première extension de nos échanges, qui s’étaient jusqu’alors limités à de polies salutations.

Quelques minutes plus tôt, des coups répétés à l’extérieur m’ont réveillée. Dans le couloir, quelqu’un avait sans doute un problème. J’ai enfilé des vêtements et suis sortie en repoussant vers le salon un SuperZouzou aussi inquiet et intrigué que moi. Sur le palier, d’abord personne. Puis, en une fraction de seconde, de retour de ses cents pas dans les escaliers, un voisin au regard noir s’est avancé vers moi.

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Les Vieilles Branches chez l’Infirmière Magazine !

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Il s’agit de mon second article pour l’Infirmière Magazine. Je savais que j’allais trouver mon texte dans ce numéro d’Avril mais la réception reste encore une surprise, accompagnée de ce petit pincement d’appréhension m’imposant de calmer ma respiration entre le moment où je me débarrasse de l’enveloppe de plastique fin et celui où j’ouvre la revue pour la feuilleter, à la recherche du résultat… avant de me souvenir de consulter le sommaire.

Je reproduis ici l’article dans sa mise en forme originale, avec les corrections proposées par la rédactrice. Quand j’écris, j’essaie de rester attentive au nombre de caractères – ce qui n’est pas simple avec ma tendance à la prolixité et aux tournures parfois lourdes – , j’oublie que la mise en page sera différente sur le papier, et les espaces, sauts de lignes et autres respirations rythmant le texte sont gommés.

Cette fois-ci, je me suis questionnée sur cette drôle de phrase de ma collègue infirmière, qui m’avait laissée perplexe, à la suite de la toilette compliquée d’une patiente… 

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À chaud

Il a fallu trois mois de travail à la Chorale pour remonter le temps. Aujourd’hui, nous avons finalement posé pieds et roues en une décennie que les Vieilles Branches ont bien connu, mais pas moi… je vous laisse deviner laquelle, je crois que mon look est assez parlant ! Notre prestation a été filmée et photographiée, j’aurais adoré vous montrer le résultat : les résidents étaient prêts, réactifs, concentrés, bien en rythme, et ont monté le niveau encore un cran au dessus de ce qu’ils ont montré à la dernière répétition.

Me vêtir, m’entendre dire plusieurs fois que c’est tout à fait mon style et que ma tenue ne s’écarte pas tant que ça de mes habitudes vestimentaires, me dire que j’en ai peut-être un peu trop fait en voyant le sourire en coin de ma cadre de rééducation ;

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(Vous admirerez notre salle paaaaaaaarfaitement rangée, n’est-ce pas !)

Jouer au Téris-fauteuil-déambulateur dans les ascenseurs, monter et descendre selon leurs caprices ;

Courir de service en service pour rassembler les uns et les autres, choristes et spectateurs ;

Resituer Mme Fleur dont la mémoire trop courte ne lui permet pas de se souvenir que sa tenue est un déguisement, qui l’ôte donc car elle se trouve ridicule, mais qui consent avec le sourire à la repasser quand je lui fais remarquer qu’on ne peut sans doute pas faire pire que la mienne ;

Rassurer Mme Mardi qui s’inquiète de la position d’une spectatrice, qui ne lui permet pas de bien voir la scène

M’apercevoir que Belle Plante et moi avons inversé nos positions face aux choristes pour les diriger, me demander si ça risque de nous gêner

Me rassurer : tout est prêt, les animatrices sont en place auprès des choristes, le public a l’air bienveillant…

Et puis, nous lancer.

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Contenir les orages

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(Ciel, Septembre 2010)

Bleu sur jaune sur noir.

Iris bleu ciel translucide, sur sclère jaunie comme du papier ancien, sur long manteau sombre et lourd. Résolument assis mais sur le départ, tranquille pour l’instant, Mr Amoché tenait le siège à l’entrée de sa chambre. Assise aussi en face de lui sur le contre-jour de la fenêtre, sa fille attendait, interdite dans cette atmosphère d’élastique au bord de la rupture, que son père se rendît à l’évidence : elle ne le ramènerait pas chez lui.

Sauf que pour Mr Amoché, les évidences… elles avaient fichu le camp avec sa santé, une bonne partie de sa mémoire et son autonomie. Il n’était pas malade, n’avait pas besoin de rester à l’hôpital. Comment expliquait-il alors ses déplacements au fauteuil roulant et les nombreuses chutes lorsqu’il ne l’utilisait pas, les douleurs, comment expliquait-il les hospitalisations multiples l’ayant mené en unité de long-séjour, les vingt ans de plus que son corps abîmé lui faisait paraître ? Il n’expliquait pas, il devait rentrer chez lui, c’est tout ce qu’il savait. Cette petite pièce meublée d’un lit médicalisé, d’une table de nuit, d’une armoire, d’un lavabo, d’une chaise garde-robe et d’une commode ne pouvait pas être « chez lui », malgré les quelques affaires personnelles ramenées pour décorer ce qui était devenu sa chambre.

Il n’en finissait plus d’oublier qu’il n’avait pas pu déménager, pas pu dire au revoir à son appartement, pas pu fermer sa porte.

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Devenir psychomotricienne, 2/3

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(La géologie et moi… Mont-Blanc, Février 2017)

Dans l’épisode précédent : Devenir psychomotricienne, 1/3

Maintenant que c’était dit, il allait falloir passer du vœu à la réalisation. Et quand on veut devenir psychomotricien, la réalité est vachement réelle, quand même : en premier lieu, j’encaissais le fait que je n’avais d’autre choix que de m’armer et de vaincre. M’armer de patience, de stratégie et de d’obstination pour jouer le plus serré possible dans ma préparation de ce projet, car ma situation et mes aspirations ne me permettaient de me présenter qu’à un unique concours d’entrée en institut de formation. Cela s’appelle « placer ses oeufs dans le même panier » et c’est probabilistiquement kamikaze. Et vaincre… vaincre ma peur et mon horreur des concours pour vaincre sans combat une évanescente masse de rivaux lointains portés par la même onde que moi. Le problème ne résidait pas dans la difficulté à me métamorphoser en fourmi travailleuse à l’assaut de la nouvelle vie que je m’étais jusqu’alors griffonnée sur un coin de crâne : je me savais capable de bouffer des QCM de biologie et des contractions de texte tout en m’employant à divers petits boulots qui m’assureraient de pouvoir financer au moins ma première année d’études. Le problème était d’y croire.

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Lectures Psychomotrices Janvier 2017

Juste à temps pour vous présenter mes lectures du mois de Janvier !

Au menu : 

  • Un ouvrage de référence, le classique « Vieillissement et Psychomotricité » sous la direction de Jean-Michel Albaret et Eric Aubert, chez Solal

 

  • Un article du numéro 182 de la revue « Thérapie Psychomotrice -et Recherches-« , par Laurent Vercueil, intitulé « Neurologie de l’embodiment »  : une revue de différents troubles du lien corps-esprit d’origine neurologique… Déroutant et fascinant !

L’article de blog à propos de sa conférence aux Journées Annuelles de Thérapie Psychomotrice de 2014 : http://neurobiblio.blogspot.fr/2014/10/embodiment-journee-psychomotricite.html

Et vous, que lisez-vous ces temps-ci ?

Electron (plus ou moins) libre

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(Space cherry, 2011)

Je suis un électron, particulièrement le mercredi.

D’un humain à l’autre, d’une chambre à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’une activité à l’autre… Sortir de mes orbitales atomiques les plus probables, celles où je gravite « chez moi ». Sauter de couche énergétique en couche énergétique, parfois sans transition. Faire avec, faire dans les flux, les magnétismes, les moments cinétiques. Absorber la lumière, l’émettre. A portée de corps et de pensée mon propre noyau, ses composants bien agglutinés entre eux, qu’aucune particule radioactive ne fera exploser.

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Premier premier lever

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(si vous aussi vous voulez votre costume de psychomotricienne : http://keewi.io/c/psychomot)

Je sais que là-haut, d’où je viens, il y a enfin de la neige. Ici, mes bottines manquent de glisser sur la bouillie crasseuse et glacée recouvrant la place que je dois traverser pour me rendre à l’hôpital, et mon parapluie recueille des gouttes, certes épaisses, mais trop lourdes et sonores pour faire d’honnêtes flocons. En disette de ce froid vif, blanc et silencieux au creux duquel je me sens enfin chez moi, j’ai l’humeur terne.

En arrivant, je pose mes affaires dans le bureau et je crains de ne pas vraiment retrouver mon costume de psychomotricienne laissé sur le porte-manteau pour la nuit ou le week-end. Il ne diffère pas de la tenue réglementaire de tous mes collègues soignants… disons que j’essaie d’y broder quelques fils de ma collection : un brin de douceur en soie, de chaleur en laine, d’optimisme en lin jaune, de solidité en coton, de souplesse élastique et réactive en silicone… Ce fameux lundi -le premier de l’année- j’ai enfilé ma blouse toute propre sortant du distributeur automatique de vêtements. Fatiguée avant l’heure, j’hésitais à croire en ma petite customisation habituelle, celle qui me permet de naviguer dans les eaux pas toujours limpides de l’hôpital gériatrique pour rejoindre mes patients, où ils sont.

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Les risques du métier

brassens

(via Google Images)

Mes autres aventures avec Mr Automne :

Mr Automne

Le jour où je n’en ai pas mené large

Et Mr Automne de virer à l’hiver. Mots, regards et envies sont tombés, semblent avoir été tassés à l’ombre de son fauteuil roulant remisé à la salle-de-bain, ratissés par ses espoirs tous les jours déçus. J’ai mis un peu de temps avant de m’apercevoir que, quand j’entre dans sa chambre deux ou trois fois par semaine, je n’attrape plus ses sourires au vol, légers et immortels comme des feuilles se détachant de l’arbre, je ne sens plus leur tapis moelleux et accueillant sous mes pieds… juste la mer dure et glacée du sol dont mes semelles, aussi usées que l’automne résigné de Mr Automne, m’isolent avec peine. Ses draps souvent chiffonnés lui font une banquise aux reliefs mouvants, dernier iceberg où il peut se tenir, cherchant à éviter les vagues de son propre corps. Son bras valide, le plus souvent fermement plaqué sur sa jambe gauche pour contenir ses spasmes, ne s’anime plus que pour manipuler la télécommande, saisir un verre ou serrer la main de ses visiteurs.

Lundi, la morne indifférence dans son regard m’a inconsciemment intimé le besoin d’essayer de souffler de la rondeur dans l’air, d’y lisser des parois accueillantes sur lesquelles l’un et l’autre pourraient s’appuyer, à défaut de pouvoir retisser le cordon élastique qui ajustait autrefois notre relation. J’ai proposé de mettre de la musique et ai suggéré Georges Brassens.

« Si vous voulez ».

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