Comment je ne suis pas devenue Messmer : l’hypnose et la psychomotricité en questions (partie 1)

Sieste – 2020

« Hypnose »… voilà un terme à la résonance rarement neutre. À lui seul, il est déjà une suggestion, l’un de ses outils phares. Notre représentation collective du phénomène hypnotique et de son usage expérimental, divertissant ou thérapeutique reste encore aujourd’hui nimbée de son histoire (qui pré-démarre au XVIIIe siècle avec le « magnétisme animal » de Franz-Anton Mesmer)[1], des rémanences des sensationnelles transes des patientes hystériques, pâmées de convulsions sous l’influence de Charcot, et aujourd’hui des spectaculaires performances scéniques de son plus célèbre praticien, Eric Normandin, mieux connu sous le nom de… Messmer. Encore en 2018, plusieurs médias français annonçaient, sans grand égard pour la rigueur nécessaire à la vulgarisation de ce type d’information, une fracassante opération à cœur ouvert sans anesthésie générale réalisée sous hypnose[2]. Fort heureusement, les titres trompeurs et les propos approximatifs ont été rapidement démentis ou nuancés, comme ici par le magazine Sciences et Avenir[3].

La pratique actuelle majoritaire de l’hypnose clinique découle de l’une des principales école, issue des découvertes de Milton Erickson (1901-1980), médecin américain qui réapprit à marcher après une poliomyélite à 17 ans, grâce à une intense auto-rééducation de la proprioception par une attention soutenue portée à ses sensations, et par l’observation de ses sœurs, dont la plus jeune, en plein apprentissage de la marche[4].

Aujourd’hui, qu’est-ce que l’hypnose ? À quoi sert-elle ? Que peut-on en attendre ?

Récemment formée à l’hypnoalanalgésie, je tente une première approche de ce domaine que je n’ai sans doute pas fini d’explorer, à travers quelques ébauches de réponse aux questions que nous nous sommes posés en formation, ou que les patients me posent… ou que vous m’avez suggérées.

De l’hypnose en général à l’hypnose en gériatrie, rééducation et psychomotricité… c’est parti !

1. « Est-ce que vous allez m’endormir ? »

(m’a demandé une dame à qui j’allais proposer une séance d’hypnoanalgésie pour ses douleurs d’arthrose cervicale)

Une fois de temps de temps, je ne suis pas totalement contre l’idée d’assommer un patient pénible à l’aide une méthode pacifique et légale. Mais vu que je n’ai pas le loisir d’aller effeuiller les pâquerettes pendant qu’ils dorment, je les préfère conscients. Et puis l’absence de vigilance et les ronflements sont difficilement compatibles avec le travail pour lequel je propose parfois de l’hypnose. Donc non, je n’endors personne !

Plus sérieusement, bien sûr que si le but de la séance est d’accompagner une anesthésie générale médicamenteuse lors d’une intervention chirurgicale ou de favoriser l’endormissement gêné par de l’anxiété ou de la douleur, on laisse le patient glisser vers le sommeil (voire on le berce, on le borde, on charge le sac de sable sur l’épaule et on lui en saupoudre généreusement sur la figure, métaphoriquement parlant).

Mais dans le cas de chirurgie du cerveau où il est nécessaire de maintenir le patient bien éveillé pour qu’il puisse répondre à des questions (ou s’il existe une contre-indication à l’anesthésie générale) l’hypnose est un outil de choix ! [5]

Revenons sur quelques définitions ennuyeuses mais utiles.

L’état hypnotique, que cherche à induire l’hypnose, est d’après Didier Michaux (docteur en psychologie et hypnothérapeute) « un fonctionnement mental particulier »[6].

Lire la suite

Tempus Fugit

img_2096

(Montres cassées, 2009)

Prenez une feuille de papier A4 et deux crayons de couleur aux mines de longueur égale ou deux feutres. Tracez deux cercles l’un à côté de l’autre d’une dizaine de cm de diamètre chacun (non, ce n’est pas une interro de géométrie !). Vous devez colorier le premier cercle le plus rapidement possible, en moins de dix secondes, avec un premier crayon ou feutre. Pour le second, vous avez un temps de quarante secondes, avec le second crayon de couleur ou feutre. Je précise qu’aucune zone blanche ne doit être laissée dans les cercles. Soyez bien attentifs aux bords. Jouez le jeu : rentrez-vous dans le crâne qu’il est possible de le faire en dix secondes comme en quarante. Ne lisez les questions qu’après avoir fini.

  • Quel cercle a sa surface la plus remplie, la mieux remplie ?

  • Sur quel cercle les traits sont-ils les plus appuyés, saccadés, précis ?

  • Essayez de vous souvenir de votre état de tension, de votre posture et de vos mouvements pendant la réalisation des deux coloriages. Sur lequel étiez-vous plus tendu ?

  • Examinez les mines de vos crayons ou feutres. Qu’est-ce que ça donne ?

  • Posez vous cette question : vous avez une demi-douzaine de formes différentes à colorier, d’environ la même surface (par exemple cercle, rectangle, carré, fleur, ruban fin, étoile). Préféreriez-vous avoir dix secondes pour chacune ou quarante secondes ? Pensez-vous que pour une même surface, toutes les formes réclament le même temps de coloriage pour être parfaitement remplies ?

  • Et maintenant, imaginez que cet exercice soit réalisé par une tierce personne, directement sur votre peau en guise de surface (au niveau du dos, par exemple). Préférez-vous qu’il soit effectué en dix secondes ou quarante secondes ?

 

Lire la suite

La Poésie

Arbre tordu 1 FB

(Arbre tordu, Cantal)

J’ai quitté la chambre de ma nouvelle patiente. En marchant, j’ai reconnu cette sensation électrique, ce rayonnement dense et moucheté remontant de mon sacrum à l’occipital. Il venait de se passer quelque chose. Je suis sortie du service. J’ai descendu les escaliers, parcouru un autre couloir, me suis trouvée devant la porte du bureau à essayer de songer à ce que j’allais écrire dans mon compte-rendu.

« Meuf, pince-toi, tu viens de rencontrer la Poésie » ne correspondait pas exactement au style attendu des transmissions ciblées du dossier patient, mais je n’avais pas d’autre mot.

La Poésie avait 102 ans, la Poésie était tombée, ne tenait plus très bien debout et on m’appelait à son chevet.

Mais ça, je ne le savais pas à mon arrivée dans le service.

Lire la suite

Le tableau vide, les rues bondées

D’abord, il y a cette photo, prise par un des kinés des services de médecine gériatrique où je travaille une après-midi par semaine (je vous parle de ces services ici), le 10 mai 2021.

C’est le tableau des patients du service à haut risque viral (comprendre « service covid »), vide, parce que le service rouvre en bas risque viral (comprendre  » service pas covid »). Ce n’était plus arrivé depuis mars 2020, avec peut-être une pause en juillet et août. Les contaminations et les hospitalisations de patients covid+ baissent enfin suffisamment pour que notre grand CHU entame, pour la deuxième fois (il n’y a pas eu de réelle accalmie entre la deuxième et la troisième vague), sa réorganisation de décrue épidémique. On souffle un peu.

Ensuite, il y a les photos que je me suis retenue de prendre en fin d’après-midi, aujourd’hui, en traversant une partie du centre ville commerçant, festif et gastronomique de la grande agglomération où je vis. On y aurait vu une foule dense, des terrasses bondées, des files d’attentes, des dames et des messieurs joliment apprêtés, des ports de masque approximatifs et comme un petit air de Fête de la Musique en avance. D’abord un peu surprise, et pas très à l’aise dans le bruit ambiant, j’ai aimé les sourires, les retrouvailles et la détente qui se lisaient sur les visages et les corps… mais moins mon appréhension des semaines à venir. Je me suis sentie un peu seule, soucieuse parmi les insouciants.

J’ai pensé à ce petit outil que je n’hésite plus à aller emprunter à mes collègues quand l’essoufflement et les lèvres bleutées du patient que je viens de faire marcher, pédaler ou jouer au ballon ne me dit rien qui vaille. Habituellement réservé aux médecins, infirmières et kinés, l’oxymètre de pouls est devenu pour d’autres, ergothérapeutes et enseignants en activité physique adaptés et maintenant moi, psychomotricienne, notre étalon en SSR post-covid. Ajouter 5 mètres aux 10 mètres déjà difficilement parcourus par le patient ? Ajuster le débit d’oxygène pour s’asseoir au bord du lit et s’installer au fauteuil ? Observer un accès de dyspnée ou de fatigue soudaine ? Oxymètre de pouls. Regarder le chiffre osciller entre 88% et 92%. Petite victoire quand, enfin sevré en oxygène, il ou elle peut enfin se déplacer sur quelques mètres sans descendre en dessous de 90%, puis 95%…

J’ai pensé à ces patients à l’infection résolue, mais aux gestes déracinés, aux capacités défrichées. Tout à réapprendre. Parfois sans succès. Place nette à été faite et le chemin tracé vers la porte de la dépendance.

J’ai pensé à ces trois dames entrées récemment en SSR. Même histoire : chacune contaminée avec son époux, chacune veuve en quelques jours. Sans pouvoir lui dire au revoir en assistant à ses funérailles car trop faibles nous disent les constantes, les examens biochimiques, les douleurs et l’impossibilité de tenir assise assez longtemps au fauteuil, ou trop contagieuses, nous dit le test PCR. Une vie à réinventer.

J’ai pensé à ces patients aux parcours bouleversés. Ceux qui ont eu la malchance de tomber malade et d’avoir besoin de l’hôpital en période de circulation virale intense, et qui ont contracté un covid nosocomial. Entrez en forme et sans antécédent pour une banale opération de la prostate, tombez au mauvais endroit, au mauvais moment, allez directement en CSG haut risque viral sans passer par la case « soins intensifs », tirez les cartes « atteinte pulmonaire à 80% », « complications de décubitus » et stationnez en case « rééducation » pour quelques mois. Ou mourrez, pourquoi pas.
Ou les autres, équilibristes dans leur vie bien régulée, qui avec les restrictions d’activité et limitations relationnelles imposées par les confinements et autres mesures drastiques, se sont vus dégringoler ou diagnostiqués trop tard d’une petite baleine sous gravillon.

Enfin, j’ai pensé à mes collègues. À ceux qui ont chopé le covid il y a encore trois semaines et ont morflé. À ceux qui sont fatigués. À ceux qui ne sont pas là, à ceux qui sont là. À ceux qui arrivent et prennent le train en marche, à ceux qui vont partir ailleurs. Aux futurs qui se forment dans des conditions difficiles.
Nombreux.
J’ai pensé à cet autre service hautement spécialisé mais tellement nécessaire où il manque aussi des noms dans le tableau… car depuis plusieurs mois, il ne parvient à ouvrir que 6 ou 7 lits sur 13, au gré des clusters, du sous-effectif infirmier et des besoins des autres services.

Le grand tableau s’est vite rempli. De patients non-covid. Parmi eux, j’en ai vu quatre hier : deux dames perdues et agitées, une autre qui a chuté, et une dernière dont la vue a brutalement baissé sans qu’on sache encore bien pourquoi. Ces patients ont besoin d’un hôpital sur lequel la pression de l’épidémie ne s’exerce plus. Un hôpital qui respire. Alors continuons à être prudents, gardons les bonnes habitudes acquises et pratiquées durant cette longue année maintenant plus qu’écoulée, et souhaitons que cette joyeuse embolie d’artère commerçante que j’ai traversée ce soir pour rentrer chez moi ne soit que le premier signe d’une véritable et durable embellie…

Silence bleu

En Août 2020

Vendredi matin, à l’UCC. Deux collègues se sont relayées auprès de ce monsieur qui hurle depuis le début de la matinée. Les cris sont d’ailleurs le motif principal de son hospitalisation.
L’une l’accompagne d’abord marcher dans le couloir, l’autre l’installe dans une petite salle au calme, le rassure. Mais il ne parvient pas à s’apaiser. Je m’assieds en face de lui pour prendre la suite. L’infirmière lui propose un anxiolytique, qu’il accepte dans un peu de crème au caramel, et nous laisse.

Ne pas rompre le contact,
À aucun moment

Donner ce qu’il extirpe de ses doigts sur ma veste blanche
Donner ce qu’il ignore chercher avec ses cris,
Sa mitraille de syllabes bégayées contre je ne sais quoi.
Il hurle à plein volume à pleine grêle de shrapnels
Ses yeux exorbités sur le vide
La peur la colère l’étrange les ruines les lambeaux du monde autour
La fuite l’effacement de soi
L’impossible lien quand les mots sont heurtés délités effrités échappés,
Je ne sais pas,
Je ne sais que le séisme venu du fond de son ventre et qui broie mes oreilles.

Lire la suite

Si je vous dis psychogérontologie, hallucinations, René Aubry… et hygiène corporelle ?

« Un beau salmigondis », vous me répondrez. Et bien non, tous ces éléments ont un rapport entre eux : ils font allumer une petite loupiote au dessus de la tête d’une psychomotricienne qui se cultive. C’est parti pour les découvertes et redécouvertes des dernières semaines !

Des livres :

« Psychogérontologie clinique et pathologique », Editions InPress, publié en 2020 sous la direction de Pascal Menecier, médecin, praticien hospitalier gériatre et addictologue. Les autres auteurs sont également médecins, psychothérapeutes, docteurs en psychologie. On retrouve, dans la liste d’auteurs, le connu Louis Ploton.
Il fait partie de la pile pas droite et éclectique de bouquins que je vous avais montrée sur la page Facebook, et vous aviez été plusieurs à me suggérer de commencer par celui-ci.

Il s’agit donc d’un court ouvrage synthétique, plutôt destiné aux soignants amenés à rencontrer des personnes âgées, qui décline 10 syndromes pathologiques psychiatriques fréquemment rencontrés dans cette population. Les connaissances apportées sont concises et présentent définitions, diagnostics différentiels, liens entre trouble et maladies du grand âge, facteurs de risque, formes cliniques, moyens d’évaluation et de soin, conseils d’accompagnement. Chaque chapitre se referme sur une bibliographie et un petit quizz. Au menu : confusion ; syndrome de désadaptation psychomotrice ; hypocondrie ; apathie et démotivation ; désinhibition, perte de l’autocontrôle et syndrome frontal ; troubles du comportement et prendre soin ; hallucinoses, illusions et hallucinations ; formes et masques de la dépression ; dépression et maladies d’Alzheimer ; prévention du suicide. Parmis ces syndromes, certains ne sont pas l’apanage des personnes vieillissantes, mais l’ouvrage nous rappelle leurs spécificités à cet âge de la vie.
Deux fiches se dinstinguent par leur format légèrement différent des autres, et par leur intérêt pour nous autres psychomotriciens. Celle sur la désadaptation psychomotrice, rédigée par un kinésithérapeute docteur en psychologie clinique, s’attache à donner une interprétation plutôt psychosomatique et psychodynamique des signes posturaux du syndrome de désadaptation psychomotrice et discute des choix épistémologiques effectués, et semble parfois s’éloigner un peu de son sujet pour y revenir et le clore sur quelques considérations sur le mécanisme d’action, vu sous l’angle de la relation, de la rééducation du SDPM. Le chapitre sur les troubles psychocomportementaux rappelle à bon escient l’importance de la démarche d’interprétation du trouble du comportement en tant qu’expression d’un mal-être, d’une douleur, d’une difficulté d’adaptation à un changement, d’un besoin non satisfait. Il apporte quelques pistes de travail et se termine sur une très courte vignette clinique.

Un petit livre d’apprentissage ou de révisions bien utile donc, dont la lecture pourra être complétée par le plus sociologique et culturel « Psychogérontologie fondamentale et théorique« , chez le même éditeur.



Lire la suite

« Triste »

Mardi, j’ai ressorti ce petit jeu de cartes, « Méli Mémo Les Emotions » (Editions Lily Poule) pour communiquer avec un patient en SSR gériatrique post-covid. Il ne parle pas du tout le français hormis quelques formules de politesse. Il comprend quelques mots, se saisit bien des gestes qui renforcent notre discours, peut imiter des mouvements simples en rééducation mais nous ne le comprenons pas et les échanges restent limités.
Et des échanges, on en a bien besoin en ce moment pour comprendre ce qu’il lui arrive.

Après un passage en soins intensifs quelques jours pour bénéficier d’une oxygénothérapie nasale à haut débit non invasive (qui, si je l’ai bien compris, lui a évité une intubation), il nous est adressé pour la suite de ses soins. Monsieur Baiser (parce qu’il nous prend la main et l’embrasse pour nous remercier) est encore très fatigué, a toujours besoin d’un peu d’oxygène et ne récupère pas au niveau moteur alors qu’avant sa covid, il marchait. La médecin me l’a signalé il y a une semaine dans l’idée que l’absence de récupération soit liée à un syndrome de désadaptation psychomotrice, ayant observé une rétropulsion, une grande difficulté à tenir debout et un manque d’investissement en kinésithérapie. Nous savons par son fils qu’il a eu très peur de mourir, ayant vu son entourage très impacté par la covid19. Pour l’heure, Monsieur Baiser est coincé dans son fauteuil et ses jambes oedématiées ne bougent pas comme il le voudrait et comme on le lui demande dans nos examens cliniques et nos séances. Depuis que je le connais, avec une moue terriblement lasse, il me les montre en haussant les sourcils et en tournant ses mains paumes vers le ciel, l’air de dire « je ne sais pas ce qu’elles ont ».

Lire la suite

La Psychomotricité en milieu hostile, 5 ans après

Pérouges, octobre 2020

Il y a quelques mois, je vous confiais ma lassitude de me sentir comme un fantôme dans certains services, dans cet article « Blues de psychomot ». Vous étiez quelques unes et uns à y avoir réagi, partageant ce vécu.

Il y a 5 ans, dans l’article intitulé « La Psychomotricité en milieu hostile », je faisais une description imagée de ce que pouvait être l’intervention en psychomotricité dans ces services hospitaliers où le temps est plus que compté, où il faut parvenir à glisser sa séance et ses transmissions dans le rythme rapide des soins et l’attention des membres de l’équipe médicale et paramédicale souvent occupés à toute autre chose. Je concluais par ces mots :

« Je doute parfois de parvenir à relever ce défi, confrontée à certains échecs selon moi imputables à cette course après le temps et au manque de lien entre l’équipe et moi, plus qu’à mon manque d’expérience. Mais certaines séances prometteuses, certaines évolutions, certains échanges et l’attention et le respect de certains médecins pour mon travail me laissent croire que les psychomotriciens ont leur place et des éléments à apporter dans ces unités. »

Dans ma vie professionnelle, l’intervention du psychomotricien en Unité de Soins de Court Séjour Gériatrique incarnait une sorte de paradigme et d’emblème des questionnements autour des spécificités de notre métier et des tensions qui peuvent exister dans sa définition, du flou nimbant les attentes du système de soin actuel envers lui, la place de ses objets d’intérêt, de son référentiel théorique et de sa technicité rarement transparente et démontrée aux yeux des autres professions de santé.

En 2021, avec plus de recul, dans quel état j’erre ?

Lire la suite

Au jeu de la gravité, perdre.

Vue du sol. Mars 2021.

Il nous est tous arrivé de chuter au cours de notre vie. Nous ne nous en souvenons pas, mais les chutes ont émaillé notre apprentissage de l’équilibre sur nos fesses puis sur nos pattes de mammifères verticaux. Nous nous souvenons par contre de celles qui nous ont marquées par la peur, la douleur, la surprise voire l’hilarité qu’elles nous ont fait ressentir  : accidents de sport avec traumatisme articulaire ou osseux à la clé, loupé de siège, glissade sur le carrelage fraîchement lavé, usage hardi d’une chaise à roulettes pour punaiser un document en hauteur sur un mur de salle de soin -je n’ai pas de témoin pour celle-ci-, emmêlage de pieds dans le déambulateur d’une patiente en voulant redescendre du plan Bobath après un temps de massage -ma témoin du jour, que je voyais justement pour une chute avec station au sol de plusieurs jours, m’a demandé si c’était à son tour de me soigner- bref, s’il existait un championnat du vautrage artistique, je ne serais sans doute pas la dernière. La concurrence est rude, mes patients sont des athlètes dans cette discipline… même ceux qui se déplacent sur quatre roues sont capables de cascades à faire frémir Tom Cruise !


Mais tomber, c’est quoi ? Et pourquoi est-ce un si gros et si complexe problème quand on veillit ?

Lire la suite

« Quand on n’a pas de tête… »

Février 2021

Assise à l’ordinateur pour remplir les fiches de suivi de la matinée, vendredi vers midi, j’entends l’étudiante en orthophonie qui me suit pour la journée entrer dans le bureau. Je me retourne et tends la main. Elle me remet mon ancien smartphone dont j’ai ôté la carte SIM, et qui me sert maintenant de banque de sons et de musique, de lecteur ou de chronomètre en séance (un score de 11’40 debout pour Mme Préférée, ça se mesure avec la rigueur d’un juge du livre Guiness des records !), voire de lampe torche pour récupérer dentier, lunettes ou appareil auditif dans un obscur recoin sous un lit. Cela m’évite d’emmener mon téléphone personnel dans les services. Ainsi, je ne risque pas d’être dérangée, et je suis beaucoup plus rigoureuse avec l’hygiène des objets que je mets dans mes poches susceptibles d’être utilisés en chambre.

« – Super, merci ! Il était bien chez Mme Préférée ?
– Je l’ai trouvé sur sa table de nuit. Et en haut j’ai croisé un monsieur dans son fauteuil roulant électrique… Gérard ?
– Oui, Monsieur Comique…
– … qui m’a dit de te dire que si tu commences à oublier tes affaires, ça ne va pas du tout, tu es en train de devenir comme tes patients !
– Ok, bien, je note… la prochaine fois que je vais le voir, il va en prendre pour son grade !»

Lire la suite

Résonance

Quelques jours avant Noël, je monte en service de long séjour pour la séance hebdomadaire d’une résidente que je vois depuis quelques semaines. Indication : anxiété et douleurs dorsales.

À chaque début de séance, elle ressasse, toute énervée, ce qui l’angoisse et la contrarie. Je l’écoute, puis lui propose de passer à la pratique. Celle qui lui fait envie. Parfois c’est la reprise d’un auto-massage que je lui ai appris pour se dérouiller le matin, parfois nous travaillons l’équilibre et l’adresse gestuelle, parfois c’est un temps de relaxation à l’aide du toucher pour diminuer la douleur et favoriser un tonus moins élevé dans le mouvement ainsi que des gestes plus doux, ou quelques exercices de respiration guidés par des métaphores qui l’aident à diriger son attention sur ses ressentis plutôt que ses pensées…

Ce jour là, elle me raconte son immense et actuelle peur : le repas de Noël avec son époux. Elle espère qu’il n’y aura pas de poisson parce qu’elle n’aime pas ça. Elle veut bien manger, c’est Noël, mais c’est tellement compliqué ! Et tout ce qu’elle ne digère pas : le chocolat, les mets trop lourds… au pire elle laissera ce qu’elle ne mangera pas à son mari. Mais vraiment, il ne faut pas qu’il y ait de poisson… il faut qu’elle dise à son mari de demander le menu. Et qu’est ce qu’elle a mal au dos, elle a essayé de raccrocher la guirlande à son horloge et elle n’a pas réussi, elle s’est étirée puis a eu peur de tomber, il faudra qu’elle demande ça à quelqu’un. Oh, elle prendrait bien un tout petit bout de bûche au chocolat (elle me montre la dernière phalange de son petit doigt) comme ça… Je l’écoute distraitement. Je réponds, perdue dans mon observation de son corps dur, minéral, sec et craquant comme un parchemin agité et griffé de mots pressés, que je m’occuperai de sa guirlande.

Lire la suite

La Mère Noël est une psychomotricienne

Je me mets dans l’ambiance… et je teste une activité de motricité fine et de graphisme à proposer à mes patients !

Les psychomotriciens ne sont jamais à court d’idée de cadeau de Noël, pour eux-mêmes ou pour leurs proches de tous âges, surtout quand il s’agit d’offrir quelque chose qui va subtilement solliciter une ou plusieurs fonctions psychomotrices ou cognitives, proposer de nouvelles expériences ou de nouvelles connaissances…

Ma sélection :

Des jeux de table :

  • Le Ciel Interdit : : un jeu de stratégie coopératif à partir de 10 ans. Chaque joueur incarne un personnage aux compétences indispensables pour s’échapper d’une plateforme aérienne prise en plein orage ! Il leur faut à la fois développer la plateforme, poser les matériaux qui permettent de construire le réseau électrique qui fera décoller la fusée, se protéger de l’électrocution par un éclair ou de la chute dans le vide soufflé par une bourrasque… Perception de nombreux indices, manipulation dans l’espace, anticipation, planification, communication avec les autres sont mises à rude épreuve. La mécanique de jeu, complexe, se décline avec deux opus que je trouve plus abordables pour ceux qui ne sont pas familiers des jeux collaboratifs et/ou de stratégie, L’Île interdite et Le Désert Interdit.
  • Dixit : un jeu à la poésie inégalable, à partir de 8 ans. Chaque joueur dispose de 6 cartes qui portent de grandes illustrations mystérieuses, étonnantes, touchantes ou surréalistes, au symbolisme parfois fort. Le conteur choisit sa carte, la pose face cachée sur la table et choisit un mot, une phrase, un air de chanson pour la décrire. Les autres choisissent à leur tour une carte de leur main, qu’ils déposent aussi face cachée, qui pourrait correspondre à la description. Car il s’agit d’amener de la confusion : les points se remportent en fonction de la bonne identification de la carte ou non ! Perception visuelle, imagination et langage sont sollicités. La bonne connaissance des autres joueurs et de leur manière de penser et de rêver sont également un atout dans ce jeu.
  • Foutrak : un petit jeu que j’ai eu l’occasion de tester juste avant sa sortie officielle, il y a une dizaine d’années. À partir de 8 ans. Le but : remporter le plus de cartes. Comment ? En étant le plus rapide à mimer et/ou bruiter (ou pas !) ce qu’il se trouve sur les différentes cases de la carte, en fonction de leur couleur de fond. Réactivité, schéma corporel, inhibition motrice, expressivité au service d’une bonne partie de rigolade !
  • Suspend : à partir de 6 ans. Je n’ai pas encore eu l’occasion d’y jouer, mais j’en rêve. Le principe est de développer une construction à l’aide de baguettes métalliques posées en équilibre les unes sur les autres… Régulation tonique, contrôle moteur, compréhension des rapports entre les pièces, anticipation de l’effet du poids d’une pièce supplémentaire… sans oublier de respirer, bien sûr.
Lire la suite